« La Sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes… » (Proverbes, 9.1)

Le système de respiration russe ou la respiration Systéma s’applique à tout moment conscient de la vie ! On peut se demander comme un système peut couvrir autant de choses. Après tout, la vie est faite de variations à l’infini. Les principes présentés dans ce chapitre procurent les fondements pour l’entraînement de la respiration et toutes nos activités quotidiennes. Soyez bien conscients que notre respiration est notre vie. C’est pourquoi, ces principes sont des « Lois de vie » qui soutiennent et permettent d’aller au-delà de chaque exercice. Ils s’appliquent à tout ce qui est présenté dans ce livre. Je renverrai à ces principes au fur et à mesure de l’introduction des activités et des entraînements spécifiques dans les chapitres qui suivent.

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Le premier objectif de ce livre est de vous aider à réaliser ces conditions fondamentales. Elles paraissent simples. Mais quand on est attentif à soi-même pendant des activités quotidiennes ou qu’on réalise les exercices enseignés dans ce livre, on se rend compte combien il est difficile de les remplir. Et on comprend alors quel pouvoir formidable pouvoir peut dériver de leur maîtrise.

La respiration du Systema comparé au Yoga et au Qi Gong.

D’un point de vue historique, de nombreuses méthodes différentes pour entraîner la respiration, le mouvement et la posture ont été enseignées. Ces méthodes se présentent souvent avec un bagage historique impressionnant, et sont souvent reliées aux traditions thérapeutiques et religieuses de l’Inde et de la Chine. En chinois, qi gong se réfère à une large famille de pratiques pour accroître l’énergie et la santé grâce à /41/ la respiration et des mouvements précis. Les pratiques dupranayama et du kundalini dans le yoga indien incorporent de même des motifs de respiration accompagnés de postures précises et des mouvements qui sont censés améliorer la santé et la spiritualité. À cause du fait qu’elles utilisent la respiration, ces pratiques peuvent superficiellement sembler similaires à l’entraînement russe. En réalité pourtant, la philosophie, l’attention et la pratique de la respiration du Systema diffèrent fondamentalement de ces méthodes.

Les méthodes du yoga et du gi gong cultivent graduellement une conscience de la respiration par de longues séries de postures compliquées. Ces méthodes requièrent souvent une concentration extraordinaire sur les états internes et un contrôle physiologique extrême. En revanche, dans le système russe, la respiration devance seule tout le reste.

Votre attention s’il vous plaît !

Tout ce qui est grand est simple. Nous n’avons pas besoin de faire des activités extrêmes qui s’écartent énormément de notre vie quotidienne. Nous avons déjà tout ce qu’il nous faut sous la main.

Le Systema nous apprend seulement à étendre notre conscience et l’usage pratique de ce que nous avons déjà sous la main. La respiration du Systema n’implique pas d’apprendre des postures physiques sophistiquées ou complexes. Enfin, Mikhail ne se réfère pas plus à des canaux imaginaires profonds d’énergie surnaturelle dans le corps, qu’il n’implique dans sa méthode des concepts obscurs.

Les postures, les exercices, et les procédures du Systema Ryabko sont simples par leur structure et leur forme. Les bénéfices arrivent quand on commence à mieux comprendre ses émotions, son esprit et son corps naturels sous des conditions difficiles mais contrôlées. Les maîtres russes reconnaissent que la réalité peut être dure à avaler. Certaines personnes peuvent penser qu’elles peuvent atteindre un état mystique de parfait équilibre physique et de hauteur d’esprit dans leur chambre tranquille avec ses tapis moelleux, des chansons agréables en bruit de fond et un parfum d’encens qui flotte dans les airs. Mais savent-elles, ces personnes, ce qui restera de leur élévation et de leur équilibre physique face au froid, à la faim ou face à un stress extrème ? Comment /42/les expériences mystiques s’appliquent-elles efficacement aux frustrations du travail ? à la fatigue due à l’éducation des enfants, ou aux urgences de la self-défense ?

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La circulation de la respiration

La respiration est bien plus qu’un procès mécanique, bien plus que le fait de remplir les poumons comme on le ferait de deux sacs d’air. Un engin comme le soufflet pour le feu ou un poumon d’acier[1] ont une fonction mécanique. Chez les êtres vivants cependant, la respiration est processus chimique complexe qui engage toutes les cellules de notre corps, à chaque respiration que nous faisons.

Quand on s’entraîne à la respiration Systema, on commence à sentir cette vérité que la respiration est le processus physiologique majeur de notre corps. La respiration relie le système de respiration aux six autres systèmes physiologiques majeurs (les systèmes circulatoire, musculo-squelettique, nerveux, endocrine, digestif et génito-urinaire). La respiration ne s’arrête pas aux poumons ! Quand on comprend cette idée « simple » et qu’on commence à la sentir, on vient de passer une étape majeure dans le chemin de son entraînement. L’inspiration continue dans tous les tissus et l’expiration expulse les déchets de tous les autres systèmes.

/43/ Les sept principes :

1. Le nez et la bouche.

Le principe de l’inspiration par le nez et de l’expiration par la bouche : pour tout exercice décrit dans ce livre, on doit toujours inspirer par le nez et expirer par la bouche.

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2. La direction

Le principe de la direction par la respiration. La plupart des exercices des respiration enseignés dans ce livre se fait en combinaison avec une activité physique. La respiration et l’activité physique sont un processus unifié. Cependant, quand on effectue une action physique, la respiration est la composante la plus importante.

La respiration Systéma suggère de débuter tout mouvement ou cycle d’exercice avec une respiration (inspiration ou expiration) avant que le mouvement physique ne commence. C’est seulement quand l’action de respirer a commencé que le mouvement physique « accompagne ». Il devrait y avoir un léger décalage entre la respiration et le mouvement physique. On utilise sa respiration pour pousser ou tirer dans les mouvements physiques.

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3. La suffisance

Le principe de l’apport suffisant. Une personne qui essaie de respirer complètement et profondément inspire en général autant d’air qu’elle le peut. Ca se comprend, mais c’est une erreur. Une inspiration trop forcée provoque des tensions immédiates dans le cou et la zone des clavicules. Cette pression, en retour, entrave la respiration. Le corps peut alors complètement se fermer et être bloqué par cette pratique. Au fil du temps, on finit avec une oxygénation inadéquate, utilisée de manière inefficace.

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4. La continuité.

Le principe de la continuité de la respiration. La respiration ne doit jamais être arrêtée, interrompue ou brimée. On inspire et on expire de manière continue. On ne retient pas sa respiration et on ne l’arrête pas, sauf si on a un objectif d’entraînement précis (comme on le verra dans les chapitres suivants).

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On doit faire attention aux endroits du corps qui ont des contractures, qui sont douloureuses ou fatiguées. On doit essayer de se rendre compte si on respire librement dans chaque partie du corps. Parfois, on arrive à sentir la tension qui bloque le flux de la respiration. Quand on commence à faire les exercices de la respiration Systema, on remarque de plus en plus les interruptions de la respiration et on apprend à retrouver la continuité immédiatement. Apprendre à emmener la respiration dans les zones où elle est bloquée ou interrompue est un compétence clé dans la respiration du Systéma. Avec de la pratique, on devrait réussir à sentir le flux continu de l’oxygène et de l’énergie qu’il transporte.

5. Le pendule

Le principe du mouvement pendulaire. Un pendule se meut selon un cycle simple et continu, d’extension et de contraction, d’aller et retour. La respiration est analogue à ce type de mouvement cyclique. Pensons à l’extrême fin d’une oscillation du pendule. Il a l’air de s’arrêter pendant une micro-seconde lors qu’il atteint son extension maximale. Lors de la respiration, on devrait faire attention à la toute fin de chaque acte d’inspiration et d’expiration. Le moment juste avant que l’acte d’inspiration ou d’expiration n’atteigne sa complétion est très important. La toute fin d’un acte d’inspiration est quand le plus grand flux d’oxygène et d’énergie s’est répandu dans les tissus du corps.

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6. L’indépendance

Le principe d’indépendance de la respiration. Les actions physiques ne devraient pas être invariablement liées à une seule phase de la respiration (inspiration, expiration ou pause). On devrait éviter de former une habitude d’entraînement où on lierait toujours une inspiration ou une expiration à une activité particulière.

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7. L’absence de tension

Le principe d’absence de tension. Comme on l’a vu plus haut, tous les exercices décrits dans ce chapitre sont destinés à contrôler la respiration, détendre le corps, renforcer les tendons et les ligaments, et, plus important encore, renforcer notre psyché. Nos muscles ne doivent être engagés le moins possible. Cela signifie que le corps doit être détendu tout le temps, même lorsqu’il accomplit les tâches les plus difficiles (comme relever le corps lors d’une pompe). On a besoin de vérifier notre état de détente, surtout quand on débute. Si nos muscles sont trop impliqués, ou si on tend inconsciemment des muscles qui ne sont pas impliqués par un exercice particulier, on va se fatiguer très rapidement. La détente nous permet de pratiquer assez longtemps pour pouvoir commencer le travail sérieux de la respiration. Le principe d’absence de tension sera expliqué et illustré en profondeur dans les chapitres qui suivent.

Des indications supplémentaires

Les sept principes sont le coeur et l’âme de la respiration du Systema. On peut ajouter d’autres idées d’entraînement et quelques bons conseils d’entraînement qui s’appliqueront à la plupart des méthodes de pratique. Ils seront introduits petit-à-petit au cours du livre, là où ils seront nécessaires. Mais pour l’heure, voici quelques idées d’entraînement en plus qui complètent les sept principes.

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/50/  Un principe original

Maintenant je vais introduire un dernier « principe » original : Appréciez ce que vous faites ! Mikhail veut dire par cela qu’il ne sert à rien d’être un intégriste. Souriez quand vous explorez vos limites. Soyez heureux quand vous voyez que vos capacités progressent. La joie vient de faire des choses justes dans la vie. Pour faire des choses justes pour autrui, on doit devenir un individu en bonne santé, fort et humble. Tirer le meilleur de soi-même exige la maîtrise de la respiration. Il faut juste se souvenir qu’on doit s’amuser en cours de route.


[1] Iron Lung ou le poumon d’acier en français est un appareil d’assistance respiratoire non invasif inventé en 1928 par Philip Drinker et Louis Agassiz Shaw (Harvard Medical School). Avec l’apparition des intubations, il est tombé en désuétude et est utilisé seulement pour des cas rares et précis. Le patient est installé dans une chambre centrale, un tambour cylindrique en acier. La tête est installée dans un compartiment scellé étanche. Des pompes augmentent et diminuent de périodique la pression atmosphétique à l’intérieur de la chambre. Quand la pression descend en dessous de celle des poumons, l’air extérieur est aspiré par les voies aériennes supérieures et transmis aux poumons. Quand la pression remonte au-dessus de celle des poumons, l’air est expulsé (ndt).

 

Scott Meredith & Vladimir Vasiliev (2006), Let Every Breath, chapitre 3.

Traduction : Nicolas Pain (2013)